La Russie post-soviétique
Après le chaos des années 1990, le pouvoir se restaure — et la démocratie s'éprouve dans un présent où le partage des faits n'est plus acquis.
Les années 1990 sont celles d'une nouvelle Smuta : la « thérapie de choc » libéralise brutalement l'économie, l'inflation ruine les épargnes, une poignée d'oligarques s'empare des richesses de l'État. Boris Eltsine, premier président de la Russie, fait donner les chars contre le Parlement en octobre 1993, traverse le défaut de paiement de 1998 et la première guerre de Tchétchénie. Le pays se vit humilié.
Au tournant des années 2000, la « verticale du pouvoir » se restaure : l'État reprend la main sur les régions, les médias et les grandes entreprises, et noue à nouveau une alliance étroite avec l'Église orthodoxe. La cathédrale du Christ-Sauveur, dynamitée en 1931, est rebâtie à l'identique entre 1995 et 2000 — symbole d'une continuité voulue avec la Russie d'avant.
La période la plus récente pose une question neuve : celle de la vérité elle-même. À l'âge de la désinformation de masse et des images truquées, le pouvoir ne tient plus seulement par ce qui rassemble ou ce qui effraie, mais par le doute qu'il sème — et la mémoire des disparus, portée par des journalistes et des organismes comme Memorial, devient un enjeu de survie. La démocratie s'éprouve dans un monde où le réel ne se partage plus.