Le rassemblement des terres
Le joug de la Horde se défait et Moscou rassemble les principautés — une unité qui se fait par la conquête autant que par la foi.
À l'automne 1480, les armées d'Ivan III et du khan Akhmat se font face de part et d'autre de la rivière Ougra, sans livrer bataille. Au gel du fleuve, la Horde se retire : l'épisode, la « Grande Halte sur l'Ougra », est tenu pour la fin du tribut versé aux héritiers de Gengis Khan. La Grande Horde survit pourtant jusqu'en 1502 et les raids tatars se poursuivent ; la rupture est moins nette que ne le voudra la mémoire nationale.
Ivan III « le Grand » rassemble autour de Moscou les principautés rivales — Novgorod soumise en 1478, Tver en 1485 — et porte le titre de « souverain de toute la Russie ». Son mariage avec Sophie Paléologue, nièce du dernier empereur de Byzance tombée en 1453, nourrit le sentiment d'une Moscou héritière de l'orthodoxie. Le Kremlin se rebâtit en brique, la cathédrale de la Dormition s'élève sous la main d'architectes italiens.
L'État qui naît est autocratique et orthodoxe, fondé sur le service militaire et une paysannerie dont la liberté de mouvement se restreint peu à peu. Le titre de tsar n'est encore qu'occasionnel : il faut attendre 1547 pour qu'un souverain en soit solennellement couronné.