Après l'Empire
L'État-providence étendu à tous, la fin de l'Empire et la migration achevée du pouvoir — et la démocratie à l'épreuve d'un réel qui ne se partage plus.
Au lendemain de la guerre, le gouvernement de Clement Attlee bâtit l'État-providence sur le rapport Beveridge : la Sécurité sociale, et le National Health Service en 1948, étendent à tous une protection « du berceau à la tombe ». Mais ce « tous » a son dehors. La même année 1948, le British Nationality Act ouvre l'établissement aux sujets des colonies et l'Empire Windrush accoste à Tilbury ; soixante-dix ans plus tard, le scandale Windrush de 2018 verra ces mêmes arrivants à tort détenus et expulsés.
L'Empire se défait : partition de l'Inde en 1947, crise de Suez en 1956, indépendances successives. La Couronne, désormais entièrement symbolique, achève sa migration vers le Premier ministre. Le long règne d'Élisabeth II (1952-2022) accompagne cette transformation, jusqu'au couronnement de Charles III en 2023, dont le rite hérite encore de l'ossature fixée à Bath en 973.
Le référendum de 2016 sur l'appartenance à l'Union européenne révèle un pays divisé contre lui-même, où les deux camps réclament chacun une forme de liberté — la souveraineté reprise, ou les droits du règlement européen. Au-delà du clivage, la période la plus récente pose la question d'un réel commun : la démocratie à l'épreuve d'un monde saturé d'images, où le partage des faits n'est plus acquis.