L'ère victorienne
La Couronne règne sans gouverner et le vote s'élargit goutte à goutte — pendant que la Famine ravage l'Irlande sous le laissez-faire de Londres.
Sous Victoria (1837-1901), la monarchie devient la part « digne » de l'État, selon le mot de Bagehot, tandis que le pouvoir réel passe au Cabinet et au Parlement. Le suffrage masculin s'étend par paliers : le Second Reform Act de 1867, porté par le conservateur Benjamin Disraeli par calcul partisan, double le corps électoral en donnant le vote à une partie des ouvriers des villes ; le Third Reform Act de 1884, porté par le libéral William Gladstone, l'étend aux campagnes. Chaque pas reste partiel, intéressé, et n'inclut jamais les femmes.
Cet élargissement est éconduit autant qu'accordé. Le mouvement chartiste, qui réclame entre 1838 et 1848 le suffrage et le vote secret, voit ses trois pétitions rejetées par le Parlement. La voix des plus pauvres demeure au dehors, deux siècles après Putney.
La face la plus sombre du règne est l'Irlande. La Grande Famine (1845-1852), provoquée par le mildiou de la pomme de terre, fait environ un million de morts et autant d'émigrés, pendant que Londres invoque le libre-échange et la Providence et que des denrées continuent de quitter l'île. L'apogée impérial a ses famines coloniales.