Pierre le Grand
Un tsar force l'Europe dans la Russie par l'Ordre le plus brutal — et fait condamner son propre fils au nom de l'État.
Pierre Iᵉʳ entreprend de transformer la Russie de fond en comble. Sa Grande Ambassade en Europe (1697-1698), la fondation de Saint-Pétersbourg en 1703 sur les marais de la Néva, la victoire de Poltava sur la Suède en 1709 façonnent une grande puissance. La Table des rangs (1722) ordonne le service de l'État, le Saint-Synode (1721) place l'Église sous la Couronne ; en 1721, Pierre prend le titre d'empereur.
Cette modernisation s'impose par la contrainte : impôts et levées écrasants, service à vie de la noblesse, servage aggravé pour bâtir villes et armées. La nouvelle capitale s'élève au prix d'une lourde mortalité parmi les ouvriers et les soldats. L'Europe que Pierre fait entrer de force vient avec la matraque autant qu'avec la règle.
Le drame le plus sombre du règne est l'affaire du tsarévitch Alexis. Soupçonné de comploter contre l'œuvre de son père, le fils est ramené de fuite, jugé, torturé, condamné à mort ; il meurt en prison en 1718. Le souverain a sacrifié son héritier à la raison d'État.